Holiday Edition — On Couple Longevity
Regarder un bon film, pelotonnée sous une couette moelleuse — c’est pour moi l’image la plus réconfortante et désirable des vacances de Noël.
Les grandes célébrations ne faisaient pas partie des traditions familiales lors de ma jeunesse — Télérama, en revanche, occupait une place de choix. Le numéro de Noël, bien garni, annonçait la couleur, le goût et la grâce des festivités.
La priorité donnée à la famille et au lien social tape le haut de la liste dans la vie des centenaires des Zones Bleues (cf mon article). Aujourd’hui, j’avais envie d’écrire un article “Holiday Special” consacré au couple, à la longévité de l’attachement, au travers de 4 œuvres — 3 séries et un podcast — que j’ai adoré regarder / écouter (presque) d’une traite. Elles m’ont fait réfléchir et déplacée — dans le sens où je suis restée avec les personnages un long moment après avoir fini la série.
J’aime infiniment ce genre de séries riches en dialogues qui fouillent les relations humaines, les circonvolutions du désir - de l’autre et d’une famille, et surtout la puissance de l’attachement. Il résiste au temps, aux déchirements et à la séparation.
Dans mon ordre de visionnage (et non chronologique) :
1 — Scenes from a Marriage d’Hagai Levi (2021)
Mira & Jonathan
Cette série est un remake contemporain, à Brooklyn, de Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman. Je l’ai vue des mois avant de regarder la série originale.
Cette mini-série de 5 épisodes est d’une intensité extrême, très rythmée, sans “gras” (un épisode de moins que celle d’Ingmar Bergman). Les deux acteurs sont saisissants et alchimiques — Jessica Chastain & Oscar Isaac. Lui est mental, théorise, manie les mots avec précision, dompte ses désirs — elle intériorise la parole mais manifeste par le corps.
Elle le trompe, le quitte, veut le séduire à nouveau. Lui souffre, l’aime, la blesse. Leur attachement subsistera-t-il à ces assauts du corps et de l’âme ?
2 — Los Años Nuevos de Rodrigo Sorogoyen (2024)
Ana & Oscar
J’ai choisi cette série avant mon week-end à Madrid — j’avais envie d’entendre de l’espagnol. L’histoire d’Ana & Oscar dans les barrios madrilènes — en passant par Berlin, Lyon et la plage de Valence — m’a captivée.
La linéarité du scénario — on suit le duo / couple le jour du Nouvel An, pendant dix ans — explose grâce à la construction singulière de chaque épisode.
L’un des plus réussis nous plonge dans la conversation sans filtre d’Ana, ses parents, Oscar et sa mère lors d’un dîner festif. Ils questionnent les rouages des couples, leur vision de la concession, la cohabitation, la tendresse, l’admiration, en un long plan-séquence entre la cuisine et le salon.
Les 4 œuvres de ma sélection explorent le rôle de la libido et de la sensualité dans la vitalité du couple (et aussi la sensation de se sentir vivant, individuellement), mais c’est dans Los Años Nuevos que les scènes de sexe sont les plus renversantes, essentielles au mécanisme du couple — et réalisées sans “coordinateur d’intimité”.
3 — Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman (1973)
Marianne & Johan
Ingmar Bergman, metteur en scène de théâtre et réalisateur de films, est aussi l’un des pionniers de la série TV. Les 6 épisodes de Scènes de la vie conjugale (le format original — il en a fait une version film après pour le public international) ont été diffusés à la télévision suédoise en 1973. Regardée massivement par les Suédois, la série a été à l’origine d’une vague de divorces.
Cette œuvre est — à la différence des 3 autres séries — un témoin d’une époque révolue. Avec mes yeux de spectatrice de 2025, le couple que forment Marianne et Johan est d’un conservatisme criant : elle seule se soucie de l’ordre du foyer, des enfants, de la cuisine ; Johan part pour des mois sans se soucier de sa relation avec ses filles adolescentes… Je crois que, pour les années 70, Marianne apparaissait comme moderne, conciliant son métier exigeant d’avocate et une vie de famille.
Les propos et la cruauté de Johan sont aussi révélateurs d’une époque et irrecevables aujourd’hui de la part d’un personnage qui n’a pas été imaginé comme un sale type par Ingmar Bergman, juste un homme, bourgeois, instruit, capable d’aimer…
Dans le remake d’Hagai Levi, les personnages — toujours intenses, contrastés et parfois contradictoires — sont beaucoup plus mesurés, conscients de l’autre et investis dans leur parentalité que Johan.


Le personnage de Marianne est un modèle de détermination - j’aime sa capacité à toujours chercher les mots avec précision et à rester légère, facétieuse malgré des épisodes de douleur.
Elle se met toujours au régime, veut perdre du poids (encore un élément so not 2025) et rêve pourtant de se coucher main dans la main avec Johan, tous deux gros et joyeux comme sa tante et son oncle, bienheureux commerçants. Un bonheur simple et enviable pour Marianne.
4 — La Séparation (2020) de Sophie Simonot
Manue & Karim
L’origine de ce podcast sur un ‘vrai’ couple (non fictionnel ici) est irrésistible : Sophie Simonot offre comme cadeau de mariage à ses amis Manue et Karim un portrait sonore de leur amour. Elle l’enregistre lors des préparatifs de la fête et fait parler Manue & Karim de leur histoire, de ce qui les lie — et les confronte aussi, parfois. On est en 1997. Sophie Simonot garde les bandes — elle conserve tout, car elle a, comme elle dit, une névrose de la capture temps qui passe.
Quatorze ans plus tard, en 2011, le couple que forment Manue et Karim s’est délité, au bord de la rupture. Sophie leur demande s’ils seraient d’accord pour lui parler — elle visualise à ce moment-là le podcast pour Les Pieds sur Terre. Ils donnent leur accord, accueillent Sophie dans leur tourmente amoureuse et se confient à elle. Sophie ne prend pas partie — sa délicatesse dans le questionnement m’a beaucoup émue.
Lors de la dernière séquence, en 2020, Manue et Karim se sont séparés depuis des années et ont construit de nouveaux couples, chacun de leur côté. Que sont-ils l’un pour l’autre 9 ans après la séparation ?
Je vous souhaite à tous une merveilleuse année 2026, ponctuée de moments suspendus, de ceux qui nous donnent envie d’appuyer sur pause pour les savourer un peu plus encore.
N.b : Je vais bientôt recevoir du bone broth frais, faites vite votre commande pour janvier ici. Une pocket représente 3 à 4 portion de bonheur liquide.
ENGLISH VERSION
Watching a good film, curled up under a soft, fluffy duvet — that is, for me, the most comforting and desirable image of the Christmas holidays.
Big celebrations were not part of my family traditions growing up — Télérama, however, held a place of honor. The thick Christmas issue set the tone, the taste, and the grace of the festivities.
In my article dedicated to Blue Zones — I ranked as number one among longevity parameters the priority given to family and social bonds. Today, I felt like sharing a small “Holiday Edition” focused on couples, on the longevity of attachment, through four works — three series and one podcast — that I loved watching / listening to (almost) in one go. They made me reflect and shifted something in me — in the sense that I stayed with them for a long time after finishing the series.
I deeply love this kind of dialogue-driven series that delve into human relationships, the winding paths of desire, and above all the power of attachment. It withstands time, heartbreak, and separation.
In my viewing order (not chronological):
1 — Scenes from a Marriage by Hagai Levi (2021)
Mira & Jonathan
This series is a contemporary remake, set in Brooklyn, of Scenes from a Marriage by Ingmar Bergman. I watched it months before seeing the original series. This five-episode miniseries is extremely intense, very tightly paced, with no excess (one episode fewer than Bergman’s version). The two actors are striking and deeply alchemical — Jessica Chastain & Oscar Isaac.
He is cerebral, theorizes, handles words with precision, tames his desires — she internalizes speech but expresses herself through the body. She cheats on him, leaves him, wants to seduce him again. He suffers, loves her, hurts her. Will their attachment survive these assaults?
2 — Los Años Nuevos by Rodrigo Sorogoyen (2024)
Ana & Oscar
I chose this series before my weekend in Madrid — I wanted to hear Spanish. The story of Ana & Oscar in the barrios of Madrid — passing through Berlin, Lyon, and the beach in Valencia — captivated me. The linearity of the storyline — following the duo / couple on New Year’s Day over ten years — is disrupted by the singular structure of each episode.
One of the most successful episodes immerses us in an unfiltered conversation between Ana, her parents, Oscar, and his mother during a festive dinner. They question the mechanics of couples: their views on compromise, cohabitation, tenderness, admiration, in a long single take moving between kitchen and living room.
All four works in my selection explore the role of libido and sensuality in the vitality of a couple (and also the feeling of being alive as an individual), but it is in Los Años Nuevos that the sex scenes are the most striking — essential to the mechanics of the relationship — and filmed without an “intimacy coordinator.”
3 — Scenes from a Marriage by Ingmar Bergman (1973)
Marianne & Johan
Ingmar Bergman, a theater director and filmmaker, is also one of the pioneers of TV series. The six episodes of Scenes from a Marriage (the original format — he later made a film version for international audiences) were broadcast on Swedish television in 1973.
Watched massively in Sweden, the series is said to have triggered a wave of divorces. This work is — unlike the three other series — a witness to a bygone era. Through my eyes as a 2025 viewer, the couple formed by Marianne and Johan feels strikingly conservative: she alone takes care of the household, the children, the cooking; Johan leaves for months without concern for his relationship with his teenage daughters…
I believe that, at the time, Marianne appeared modern, combining her demanding job as a lawyer with family life. Johan’s remarks and cruelty are astonishing, and I found it harder to identify with his character.
In Hagai Levi’s remake, the characters — still intense, contrasted, and sometimes contradictory — are far more measured, aware of the other, and invested in their parenting than Johan. Marianne as a character is wonderful, determined, and joyful. She is constantly dieting, wanting to lose weight (another very not 2025 element), yet she dreams of falling asleep hand in hand with Johan, plump and cheerful like her aunt and uncle, chubby shopkeepers.
4 — La Séparation (2020) by Sophie Simonot
Manue & Karim — the only non-fictional couple
The origin of this podcast is irresistible: Sophie Simonot gives her friends Manue and Karim a sound portrait of their love as a wedding gift. She records it during the wedding preparations, letting Manue & Karim speak about their story, what binds them — and sometimes confronts them too. It is 1997.
Sophie Simonot keeps the tapes — she keeps everything; as she says herself, she has a neurosis about the passing of time. Fourteen years later, in 2011, Manue and Karim’s relationship has unraveled, on the brink of rupture. Sophie asks if they would agree to speak with her again — at that moment, she envisions the podcast for Les Pieds sur Terre.
They agree, welcome Sophie into their emotional turmoil, and confide in her. Sophie does not take sides — her delicacy in questioning moved me deeply. In the final sequence, in 2020, Manue and Karim have been separated for years. What remains of their relationship?
I wish you all a wonderful year 2026, punctuated by suspended moments — those that make us want to press pause and savor them just a little longer.
Note: I’ll be receiving a fresh batch of bone broth soon — place your January order here. One pouch equals three to four servings of liquid happiness.






