Le Bon Dosage
Jusqu’à l’année dernière, je cultivais un détachement — voire un agacement — vis-à-vis des bilans sanguins & autres prélèvements de fluides corporels.
Ces prescriptions, surtout enceinte, m’ont toujours semblé contraignantes et anxiogènes, sans parler d’expériences épouvantables dans les laboratoires d’analyse.
Vous l’aurez compris : je n’ai jamais fait partie de ces patients proactifs qui sollicitent des analyses biologiques pour évaluer une potentielle carence. Je préférais qu’on me dise, sur la base de la clinique, que tout allait bien — ou qu’on me donne directement le traitement !
J’ai, depuis le lancement de Bacca Bacca et la poursuite de mes études à l’université Paris-Cité, conduit une réflexion au sujet de la médecine de la longévité.
Les biomarqueurs — et leur analyse fine — sont au cœur de l’approche précise, personnalisée et préventive de la médecine en laquelle je crois.


Combiner examen clinique + analyses biologiques ciblées
J’ai fait les analyses de Lucis Life* (100 biomarqueurs) fin 2025. C’est une initiative hors parcours de soins classique et non précédée d’un examen clinique par un médecin.
La quête d’un praticien combinant clinique et prescription ciblée d’analyses biologiques — le meilleur combo selon moi — étant longue, je ne regrette pas d’avoir fait ces analyses.
Le fait de suivre le diplôme MAPS et de me plonger dans les sujets des biomarqueurs a éveillé mon intérêt pour les prélèvements biologiques. Ils sont indispensables à un suivi préventif, afin d’identifier les différents stades de déséquilibre précédant les premiers symptômes de la maladie. Le corps s’adapte pendant des années — et c’est à ce moment-là qu’il est le plus aisé et indolore de soigner.
Trois ou quatre mois après mes analyses Lucis, j’ai eu envie de refaire certains dosages pour constater l’évolution. Je me suis heurtée au rejet de mon médecin généraliste, catégorique : “On ne prescrit pas ce genre d’analyses biologiques”
Je précise ici, à toutes fins utiles, que très peu de ces analyses sont remboursées par la sécurité sociale. Le Dr Eric Buy, médecin anesthésiste, l’a formulé ainsi : “Les dosages remboursés sont partiels et ne suffisent pas à faire un diagnostic précis. Ils permettent au mieux de voir qu’il y a une maladie déjà installée.” En d’autres termes :
“La maladie est gratuite, pas la pleine santé.”
* je parle de mon expérience Lucis dans cet article
Valeurs de référence vs valeurs optimales santé
Avant de m’intéresser de plus près aux biomarqueurs, je compulsais mes résultats avec attention mais me contentais de les comparer aux valeurs indiquées comme “de référence”.
Je sais aujourd’hui que ces valeurs ne sont pas toujours une bonne statistique de référence. Elles sont calculées sur la base des analyses des patients “a priori” en bonne santé du laboratoire où vous faites vos analyses. Elles sont donc amenées à varier — et sont régulièrement ajustées par les laboratoires.
Les médecins fonctionnels parlent, eux, de “valeurs optimales santé”. Elles sont souvent plus exigeantes, dans une optique de longévité en pleine santé - au-delà de l’absence de maladie.
L’analyse des prélèvements nécessite un tout petit peu plus de réflexion que les quelques secondes que je leur accordais auparavant.


Quelques marqueurs à creuser
J’ai fait une sélection des (bio)marqueurs clés qui peuvent vous guider, fonction de votre historique, ressenti et curiosité. J’ai indiqué (*NR) lorsqu’ils sont généralement non remboursés mais cela peut varier en fonction de votre historique personnel.
N.B : Les “valeurs optimales santé” indiquées ci-dessous sont des repères utilisés en médecine fonctionnelle et doivent toujours être interprétées dans leur contexte clinique.
1. Déceler le syndrome métabolique
Bien avant que votre glycémie apparaisse anormale, il est essentiel de déceler un potentiel syndrome métabolique. Le corps s’adapte pendant des années avant que le couperet du diabète tombe. C’est la fenêtre d’action la plus efficace.
Avec un mètre ruban, mesurez votre tour de taille. S’il est supérieur à :
80 cm chez la femme
94 cm chez l’homme
… il est recommandé de faire ces analyses biologiques :
Triglycérides (alerte s’ils sont > 1,5 g/L)
HDL cholestérol (alerte s’il est < 0,5 g/L chez la femme et < 0,4 g/L chez l’homme)
Pression artérielle (alerte si > 130/85 mmHg)
Glycémie à jeun (alerte si > 1 g/L)
Si deux de ces paramètres, en plus du tour de taille, sont en alerte, c’est le moment d’agir.
Bonus : ratios complémentaires
Rapport taille / hanches : > 0,85 chez la femme et > 0,90 chez l’homme
Rapport taille / hauteur : seuil critique à 0,5
2. Évaluer la résistance à l’insuline
Au-delà de sa fonction vitale de régulation de la glycémie, l’insuline est l’hormone anabolique par excellence — celle du stockage des tissus adipeux. Elle bloque la lipolyse (utilisation des graisses endogènes).
La résistance des tissus à l’insuline entraîne une production accrue d’insuline. C’est un cauchemar métabolique : le corps perd sa capacité à utiliser le gras, perd en énergie et stocke toujours plus.
Dans quels cas tester la résistance à l’insuline ?
SOPK / acné
Syndrome métabolique
Prise de poids inexpliquée
Profils anxieux
Ménopause
Sportifs avec régime alimentaire d’optimisation (marathon, Ironman, Hirox…)
Dosages
HOMA-IR (indice de résistance à l’insuline) : idéalement < 1. Le HOMA-IR est calculé à partir de la glycémie à jeun × insulinémie à jeun / 22.5
HbA1c* : idéalement < 5,3 %
Insulinémie à jeun* : souvent considérée optimale < 6 mUI/L
* En général non remboursé par la sécurité sociale
3. Vérifier le bon fonctionnement de la thyroïde
Dans quels cas faut-il demander un bilan complet de la thyroïde ?
Fatigue
Frilosité
Anxiété
Post-partum
Prise ou perte de poids inexpliquée
Infertilité
Ménopause
Dosages
TSH : hormone hypophysaire stimulant la synthèse de T4 et T3. Le dosage isolé de la TSH est souvent insuffisant.
T4 libre* : forme circulante inactive
T3 libre* : forme active
RT3 (reverse T3)* : utile en cas de stress chronique ou de ralentissement métabolique
Iode* dans les urines au réveil. L’iode est un cofacteur indispensable au métabolisme et à la synthèse des hormones thyroïdiennes. Le corps ne peut pas le stocker : ce dosage reflète les apports des derniers jours.
Valeurs optimales santé utilisées en médecine fonctionnelle :
A ajuster selon la clinique / traitement.
TSH : entre 1 et 2 mUI/L
T3 libre : 3,9–6,9 pmol/L
T4 libre : 10–26 pmol/L
Iodurie > 100 µg/L = suffisante population générale (grossesse > 150 µg/L)
* En général non remboursé par la sécurité sociale
4. Prévenir les risques cardiovasculaires
Dans quels cas ?
Antécédents familiaux cardiovasculaires
Syndrome métabolique
Dosages
Ratio triglycérides / HDL* < 1,5
ApoB / ApoA1* : affine le risque cardiovasculaire en évaluant l’équilibre entre les lipoprotéines athérogènes et protectrices
ApoB < 0,8 g/L
Ratio ApoB / ApoA1 * < 0,6–0,7
CRP ultrasensible* : marqueur de l’inflammation chronique de bas grade, souvent silencieuse. Idéalement < 1 mg/L
Homocystéine* : acide aminé soufré. Une élévation peut refléter un défaut de méthylation et est associée à un risque cardiovasculaire et neurologique accru. Idéalement < 7,5 µmol/L
* En général non remboursé par la sécurité sociale


5. Faire la paix avec le fer
On regarde souvent la ferritine seule. Mais elle ne suffit pas à comprendre le métabolisme du fer. Une ferritine normale — voire élevée — n’exclut pas une carence des cellules en fer. L’inflammation peut artificiellement la faire monter.
N.B : on parle souvent de carence en fer, mais il faut aussi veiller à ne pas en avoir en excès — sinon on “rouille” (stress oxydatif et radicaux libres ++)
Dans quel cas demander un statut martial complet ?
Chute de cheveux : premier signe d’une carence en fer
Fatigue persistante / coup de barre
Syndrome des jambes sans repos
Régime pauvre en viande rouge
Fatigue psychologique, intellectuelle
Dosages :
ferritine souvent considérée optimale autour de 50–100 µg/L
transferrine (protéine de transport du fer)
coefficient de saturation (ratio fer circulant / capacité de transport) idéalement entre 20–40 %
Doser la CRP ultrasensible aussi pour écarter l’inflammation < 1 mg/L
6. Bonus : fascination mitochondrie
Les mitochondries sont les centrales énergétiques de nos cellules. Fatigue chronique, stress, inflammation, vieillissement : de nombreuses manifestations physiologiques semblent liées à leur bon fonctionnement. Leur étude est fascinante — et complexe.
Les mitochondries nous sont transmises par nos mères et leur bon fonctionnement dépend de notre mode de vie. Le sujet est fascinant — j’y reviendrai.
Je suis encore assez circonspecte sur les compléments “spécial mitochondries”. On ne peut pas “doser” directement l’état des mitochondries avec une simple prise de sang. Certains biomarqueurs ou nutriments comme le CoQ10, le magnésium, le zinc ou le fer peuvent donner des indices indirects, mais leur interprétation reste délicate — et les preuves cliniques sur les supplémentations “mito” restent encore limitées.
Cela fait quelques mois que ma relation avec les analyses biologiques est devenue plus palpitante. De réticente voire agacée, je suis devenue curieuse - et même un peu obsédée*.


Aujourd’hui, je les considère comme essentiels à la médecine préventive - et corrective. Les biomarqueurs sont l’un des moyens de détecter et de corriger des déséquilibres avant l’installation d’une maladie.
Deux conditions sine qua non à avoir en tête afin d’éviter dépenses et frustration au moment de l’interprétation :
les analyses doivent être prescrites sur la base d’un examen clinique et/ou de dosages antérieurs
les prioriser en fonction de leur pertinence, la fiabilité de l’interprétation des résultats et de leur coût
Prescrire un traitement, régime lourd (type sans lactose ou “anti-candidose”), des dizaines de compléments alimentaires sans analyses me semble aussi discutable que de multiplier les tests biologiques en première intention sans réflexion clinique.
** L’idée m’a même effleurée (rapidement) de faire un shotgun du microbiote et de me tester pour certains polymorphismes. Je n’ai pas cédé à cette obsession et conserve une attitude assez nuancée sur le sujet des analyses biologiques maximalistes.
Merci au Dr Jenny Becam, médecin biologiste pour sa relecture attentive et ses remarques précieuses.
The Right Measure
Until last year, I had a rather detached — if not mildly irritated — relationship with blood tests and other bodily fluid analyses.
These prescriptions, especially during pregnancy, always felt restrictive and anxiety-inducing to me — not to mention a few dreadful experiences in laboratories.
As you may have guessed, I was never one of those proactive patients asking for tests to investigate a potential deficiency. I preferred being told, based on clinical observation, that everything was fine — or simply being given the treatment directly.
Since launching Bacca Bacca and pursuing my studies at Université Paris-Cité, I’ve developed a deeper reflection around longevity medicine.
Biomarkers — and their nuanced interpretation — now sit at the heart of the precise, personalized and preventive medicine I believe in.
Combining clinical examination + personalized biomarkers
I underwent Lucis Life’s biomarker panel* (100 biomarkers) at the end of 2025. It exists outside the traditional healthcare pathway and was not preceded by a clinical examination by a physician.
Finding a practitioner able to combine clinical intuition with precise biomarker prescription — what I believe to be the ideal combination — remains surprisingly difficult. Still, I do not regret doing these analyses.
Studying MAPS (Micronutrition, Preventive Nutrition & Health) and diving into biomarkers awakened my curiosity for biological testing. These markers are essential to preventive medicine: they help identify the different stages of imbalance long before disease fully manifests. The body adapts for years — and this is precisely when intervention is easiest and least invasive.
Three or four months after my Lucis analyses, I wanted to repeat several markers to observe their evolution. My general practitioner immediately dismissed the idea:
“We don’t prescribe these kinds of tests.”
For context, very few of these biomarkers are reimbursed by the French healthcare system.
Anesthesiologist Dr Eric Buy once put it this way:
“Reimbursed biomarkers are partial and insufficient for precise diagnostics. At best, they show when disease is already installed.”
Or, more bluntly:
“Disease is free. Full health is not.”
* I discuss my Lucis experience in another article.
Reference ranges vs. optimal health ranges
For years, I would carefully scan my lab results but only compare them to the “reference ranges” provided by laboratories.
I now understand these values are not always ideal references for long-term health. They are statistical ranges calculated from supposedly healthy patients tested in that specific laboratory — and they regularly evolve over time.
Functional medicine practitioners often refer instead to “optimal health ranges”: stricter values aimed not merely at avoiding disease, but at supporting optimal physiological function and healthy longevity.
Biomarker interpretation requires slightly more thought than the few seconds I used to give it.
A few biomarkers worth exploring
Depending on your history, symptoms and curiosity, here are a few biomarkers I personally find interesting.
The “optimal” values below are commonly used in functional medicine and should always be interpreted within clinical context.
1. Detecting metabolic syndrome early
Long before fasting glucose becomes abnormal, metabolic dysfunction may already be developing silently. The body adapts for years before diabetes appears. This is the most effective window for action.
Start with something simple: measure your waist circumference.
If it exceeds:
80 cm for women
94 cm for men
… it may be worth exploring:
triglycerides
HDL cholesterol
blood pressure
fasting glucose
Additional useful ratios:
waist-to-hip ratio
waist-to-height ratio
2. Assessing insulin resistance
Beyond regulating blood sugar, insulin is the body’s major anabolic hormone — the hormone of storage.
When tissues become resistant to insulin, the pancreas compensates by producing more of it. The result is a metabolic nightmare: reduced fat utilization, declining energy and increasing fat storage.
Situations where insulin resistance may be worth exploring:
PCOS / acne
metabolic syndrome
unexplained weight gain
anxious profiles
menopause
endurance athletes following highly optimized diets (marathon, Ironman, Hyrox…)
Interesting markers include:
fasting insulin
HbA1c
HOMA-IR
3. Looking beyond TSH
Fatigue, anxiety, cold intolerance, postpartum shifts, infertility, menopause or unexplained weight changes may justify a deeper thyroid exploration.
Testing TSH alone is often insufficient.
Additional markers may include:
free T4
free T3
reverse T3
urinary iodine levels
Iodine is an essential cofactor for thyroid hormone synthesis. Since the body cannot store it efficiently, urinary iodine mainly reflects recent intake.
Functional medicine practitioners often aim for narrower “optimal” ranges than conventional laboratory references.
4. Cardiovascular prevention
Cardiovascular risk assessment goes far beyond total cholesterol alone.
Interesting markers may include:
triglyceride / HDL ratio
ApoB / ApoA1 ratio
ultrasensitive CRP
homocysteine
These biomarkers help refine inflammatory, metabolic and cardiovascular risk profiles.
5. Making peace with iron
Ferritin alone does not fully reflect iron metabolism.
A normal — or even elevated — ferritin does not necessarily exclude functional iron deficiency. Inflammation itself may artificially elevate ferritin levels.
Useful complementary markers may include:
transferrin
transferrin saturation
ultrasensitive CRP
Situations where a complete iron panel may be useful:
hair loss
persistent fatigue
restless legs syndrome
low red meat intake
cognitive or psychological fatigue
Iron deficiency is common — but excess iron matters too. Too much iron may increase oxidative stress and free radical formation.
6. Mitochondria fascination
Mitochondria are the energy plants of our cells. Fatigue, stress, inflammation and aging all seem deeply connected to mitochondrial function. Their study is fascinating — and incredibly complex.
We inherit our mitochondria from our mothers, and their function appears strongly influenced by lifestyle. I’ll come back to this subject later.
I remain fairly skeptical of most “mitochondria supplements.” We cannot directly measure mitochondrial function through a simple blood test. Certain nutrients or biomarkers — such as CoQ10, magnesium, zinc or iron — may provide indirect clues, but interpretation remains difficult and clinical evidence is still limited.
Over the past months, my relationship with biomarkers has become far more exciting. From reluctant and irritated, I became curious — briefly even slightly obsessed.
Today, I consider biomarkers essential to both preventive and corrective medicine.
But two conditions remain crucial in order to avoid unnecessary expenses and frustration:
biological testing should be guided by clinical examination and prior history
biomarkers should be prioritized according to relevance, interpretability and cost
Prescribing restrictive diets, heavy supplementation protocols or dozens of supplements without testing seems just as questionable to me as multiplying biological tests without clinical reasoning.
Thanks to Dr Jenny Becam, medical biologist, for her attentive review and valuable feedback.


